L’asthme équin : qu’est-ce qu’on en sait aujourd’hui et comment limiter les crises ?
L’asthme équin est aujourd’hui reconnu comme une affection respiratoire chronique et multifactorielle qui touche une proportion importante de chevaux. Le terme ancien « emphysème » a longtemps été utilisé pour décrire les chevaux présentant une gêne respiratoire chronique avec poumons distendus. Toutefois, les mécanismes en jeu ont été progressivement précisés et les vétérinaires emploient désormais l’expression « asthme équin », qui regroupe un spectre d’affections inflammatoires des voies respiratoires (Couëtil et al., 2016, 2020 ; Mańkowska & Witkowska, 2024). Celui-ci s’étend de formes légères et parfois transitoires (inflammatory airway disease, IAD) jusqu’à des formes sévères récurrentes (recurrent airway obstruction, RAO), historiquement appelées « heaves » ou encore emphysème. La plupart de ces affections surviennent chez les chevaux passant la majorité de leur temps en intérieur mais une forme d’asthme sévère a aussi été décrite chez les chevaux vivants au pâturage à la période estivale (summer pasture-associated obstructive pulmonary disease, SPAOPD). Les prévalences de ces différentes formes sont présentées dans la figure 1.
Dans cet article, vous retrouverez un tour d’horizon des connaissances actuelles sur la maladie, et plus précisemment les mécanismes connus impliqués et les principaux signes cliniques qui peuvent vous mettre la puce à l'oreille.
Quelles sont les origines de l’asthme équin ?
Les formes sévères apparaissent généralement chez des chevaux matures, le plus souvent après 7 ans (Hotchkiss et al., 2007), tandis que les formes plus légères peuvent déjà affecter des équidés plus jeunes.
Outre l’effet de l’âge, une prédisposition génétique semble jouer un rôle important dans le développement de la maladie. Certaines lignées apparaissent plus sensibles que d’autres, ce qui suggère une composante héréditaire, bien que celle-ci ne soit pas encore complètement élucidée (Mańkowska & Witkowska, 2024). Des études récentes ont mis en évidence des régions chromosomiques particulières associées à l’asthme équin (Gerber et al., 2014), ainsi que des gènes impliqués dans la régulation immunitaire, notamment ceux qui modulent l’activité des lymphocytes T auxiliaires (Th1, Th2, Th17) et l’inflammation neutrophilique, contribuant à la persistance de l’inflammation des voies respiratoires (Simões et al., 2022).
Cependant, l’élément déclencheur majeur et le plus largement mis en cause demeure l’exposition répétée à des particules inhalées (Léguillette, 2003). Chez les chevaux hébergés en box, les principales sources sont les spores de moisissures et les poussières issues du foin et de la litière. En revanche, les chevaux vivant au pâturage sont surtout exposés aux pollens (Couëtil et al., 2020 ; Mańkowska & Witkowska, 2024). Ces allergènes provoquent une infiltration massive de neutrophiles dans les voies respiratoires. Les neutrophiles libèrent alors des médiateurs tels que les espèces réactives de l’oxygène et les filets extracellulaires, qui aggravent les lésions épithéliales (Uberti et Morán, 2018 ; Janssen et al., 2022). Cette réaction s’accompagne d’une inflammation médiée par les cytokines et d’une hyperréactivité du muscle lisse bronchique, conduisant à une obstruction expiratoire partiellement réversible (bronchoconstriction). Un remodelage structurel des voies respiratoires peut survenir (asthme sévère), associant fibrose sous-épithéliale, hypertrophie musculaire et hypersécrétion de mucus, le plus souvent irréversibles (Couëtil et al., 2020 ; Mańkowska & Witkowska, 2024).
Quels sont les signes cliniques de l’asthme équin ?
L’asthme équin se manifeste par des signes respiratoires variables selon la sévérité et le stade évolutif de la maladie. Les chevaux atteints peuvent présenter une toux intermittente ou chronique, souvent déclenchée par l’exercice ou l’exposition à l’allergène, parfois accompagnée de rejet de mucus. Une gêne respiratoire (dyspnée) peut être observée, caractérisée par un effort expiratoire prolongé et une accélération plus ou moins prononcée du rythme respiratoire. Dans les formes sévères, cet effort expiratoire conduit à la formation d’une « ligne de heave » ou ligne de pousse, visible sur l’abdomen. Cette ligne résulte du développement des muscles droits et des obliques externes de l’abdomen, qui sont sollicités de manière active pour expulser l’air, alors que l’expiration est normalement passive. D’autres signes fréquents incluent la dilatation des naseaux, parfois accompagnée d’écoulement nasal, des sifflements respiratoires et une baisse de performance liée à l’intolérance à l’effort. La perte de poids progressive est également courante car les chevaux dépensent une partie de leur énergie à respirer « plus fort ».
Vous trouverez en figure 2 un schéma récapitulatif des signes cliniques en fonction de la sévérité de l’asthme (Mańkowska & Witkowska, 2024).
Comment diagnostiquer l’asthme équin ?
Le diagnostic de l’asthme équin repose d’abord sur l’historique du cheval, notamment son exposition à la poussière, ses conditions de vie et la saisonnalité des symptômes (Mańkowska & Witkowska, 2024). Ensuite, l’examen clinique permet de repérer des signes caractéristiques. L’indice HOARSI (Horse Owner Assessed Respiratory Signs Index), développé par Laumen et al. en 2010, est un questionnaire simple que les propriétaires remplissent pour évaluer les signes respiratoires de leur cheval (toux, jetage nasal, essoufflement, performances). Il permet de classer les animaux de sains à sévèrement atteints et d’aider au suivi de l’asthme équin. Pour confirmer le diagnostic, le vétérinaire réalise le plus souvent une endoscopie des voies respiratoires, qui met en évidence la présence éventuelle de mucus, ainsi qu’un lavage broncho-alvéolaire afin d’analyser les cellules présentes dans les poumons (Leguillette, 2006). Une proportion élevée de neutrophiles oriente fortement vers un asthme équin sévère. Généralement, l’observation de la dyspnée au repos, associée au degré d’inflammation révélé par les examens, permet de distinguer les différentes formes d’asthme et d’en préciser le pronostic. Des examens complémentaires tels que la radiographie, l’analyse des gaz sanguins ou encore des tests de fonction respiratoire peuvent être utilisés pour affiner le diagnostic et surtout pour écarter d’autres maladies respiratoires (Mańkowska & Witkowska, 2024).
La gestion de l’environnement, une des clés pour contrôler l’asthme de ton cheval
L’élément clé du traitement de l’asthme repose sur l’élimination du facteur déclenchant, présent dans l’environnement. Les médicaments, principalement les corticostéroïdes associés éventuellement à des bronchodilatateurs (Leguillette, 2006), ne constituent qu’un soutien temporaire. Sans adaptation suffisante de l’environnement, les signes cliniques réapparaissent rapidement dès l’arrêt du traitement médical. Mańkowska & Witkowska, en 2024, ont fait un résumé très clair des facteurs pouvant déclencher ou aggraver les symptômes cliniques de l’asthme.
Température et humidité de l’air
La température et l’humidité de l’air influencent fortement la respiration des chevaux, en modulant la quantité de chaleur et d’eau évaporées par les voies respiratoires. Les chevaux tolèrent des températures comprises entre moins de 0 °C et plus de 20 °C, avec une humidité relative de 60 à 80 %. L’asthme équin sévère associé au pâturage se manifeste surtout en saison chaude et peut s’aggraver avec l’augmentation de la chaleur, de l’humidité et l’exposition aux pollens et spores. Lors des crises, la fréquence respiratoire augmente et le mucus recouvre la trachée, perturbant la thermorégulation. Les analyses pulmonaires montrent des variations saisonnières de l’inflammation : les mastocytes sont plus nombreux au printemps, tandis que les neutrophiles et les éosinophiles prédominent en été. Même des hivers doux peuvent accentuer l’inflammation chez les chevaux en box.
Polluants atmosphériques
Les polluants atmosphériques aggravent également l’asthme équin. En hiver, les chevaux restent longtemps en écurie et sont exposés à des endotoxines, moisissures, acariens et poussières issues du foin et de la litière. Les gaz nocifs comme l’ammoniac, le dioxyde de carbone, le dioxyde de soufre ou les oxydes d’azote irritent les voies respiratoires et favorisent l’inflammation. L’exposition à des micro-organismes et champignons présents dans l’air des écuries, tels que Penicillium, Aspergillus ou Fusarium, augmente le risque de RAO ou d’IAD. Les poussières fines pénètrent profondément dans les bronches et alvéoles, et provoquent aussi inflammation et bronchoconstriction. Un nettoyage régulier et soigneux des boxes est donc essentiel pour limiter la concentration de poussières et de gaz irritants dans l’air ambiant.
Hébergement
Le système de logement joue un rôle central dans la santé respiratoire. Les chevaux hébergés en écurie sont davantage exposés aux poussières, gaz et micro-organismes, tandis que le pâturage et les sorties prolongées améliorent le bien-être respiratoire (chez des chevaux non atteints de SPAOPD). Le temps passé à l’extérieur réduit la toux, l’effort respiratoire et le besoin de traitement médicamenteux. Les chevaux au box ne doivent pas être logés dans le même bâtiment qu’une carrière couverte, et le foin ne doit pas être stocké au-dessus des boxes.
Litière
Le choix de la litière influence fortement la qualité de l’air en écurie et le bien-être respiratoire. La paille, très répandue, génère beaucoup de poussière et peut contenir des moisissures et endotoxines. Les granulés de paille sont moins poussiéreux mais peuvent encore favoriser l’inflammation des voies respiratoires. Les copeaux de bois offrent un bon compromis grâce à leur faible poussière et leur facilité d’entretien, tandis que la tourbe est particulièrement adaptée aux chevaux respiratoires sensibles : elle réduit l’ammoniac, limite la croissance microbienne et peut contenir des huiles essentielles qui favorisent la respiration et limitent le développement de champignons. La qualité de stockage et la manipulation de la litière influencent aussi son impact sur la santé respiratoire.
Alimentation
Le type de fourrage joue un rôle déterminant dans l’exposition des chevaux à la poussière et aux agents microbiens, et a donc un impact direct sur la santé respiratoire, en particulier chez les chevaux atteints de RAO ou d’IAD. Le foin, élément central de la ration, contient souvent des poussières et des champignons, comme Aspergillus fumigatus, qui peuvent aggraver les symptômes respiratoires. Sa qualité microbiologique est donc essentielle.
Différentes méthodes permettent de réduire l’exposition aux poussières et aux contaminants : le trempage du foin, limité à 20 minutes pour éviter le développement fongique, ou le traitement à la vapeur via des appareils spécialisés, comme le Hay Gain, qui éliminent efficacement poussières, moisissures et bactéries. Les foins enrubannés ou granulés/cubes de fourrage à réhydrater constituent également une alternative moins poussiéreuse, améliorant les paramètres respiratoires chez les chevaux sensibles.
Le stade de fauche et le mode de conditionnement du foin influencent également la production de poussière. Les foins pressés à un stade tardif, plus lignifiés, se brisent davantage lors du pressage et génèrent plus de poussière. De même, les grosses balles compressées par des round-balers haute densité libèrent des particules de fibres et de terre. Pour limiter ces risques, il est préférable de choisir des petits ballots de 15 à 20 kg, réalisés précocement, avec une proportion plus importante de feuilles que de tiges.
Enfin, la distribution du foin a son importance : il est préférable de le mettre à même le sol pour éviter l’inhalation de poussières. Pour les grosses balles rondes, l’usage d’un filet à mailles larges limite l’exposition sans gêner l’ingestion, notamment chez les chevaux qui plongent directement leur tête dans la balle.
Résumé : l’asthme équin
L’asthme équin est une maladie respiratoire chronique qui peut prendre une forme sévère. Une bonne gestion de l’environnement et notamment une alimentation adaptée (avec des formes de présentation humide) réduit l’exposition aux irritants et limite l’aggravation de l’asthme. L’usage de plantes pour soutenir le traitement sera détaillé dans un prochain article.
Références
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- Couëtil L.L., Cardwell J.M., Leguillette R., Mazan M., Richard E., Bienzle D., Bullone M., Gerber V., Ivester K., Lavoie J.P., Martin J., Moran G., Niedźwiedź A., Pusterla N., Swiderski C., 2020. Equine Asthma: Current Understanding and Future Directions. Front Vet Sci., 7:450. https://doi.org/10.3389/fvets.2020.00450
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- Hotchkiss J.W., Reid S.W., Christley R.M., 2007. A survey of horse owners in Great Britain regarding horses in their care. Part 1: Horse demographic characteristics and management. Equine Vet J, 39(4):294-300. https://doi.org/10.2746/042516407X177538
A propos de Benjamin SEILER
Ingénieur en nutrition équine cofondateur de Mila Moka. Benjamin a su évolué dans la nutrition et la santé animale depuis de nombreuses années.
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