Alimentation et environnement de votre cheval

Le fer dans l’alimentation du cheval, faisons le point

Intoxication au fer chez le cheval : rare mais potentiellement dangereuse

Les points clés selon Milamoka :

  • Le fer est un oligo-élément essentiel dans l’alimentation du cheval, notamment pour la synthèse de l’hémoglobine et le transport de l’oxygène dans le sang.
  • Les besoins en fer du cheval sont généralement couverts par une alimentation classique (foin, herbe, eau, céréales), ce qui rend les carences rares.
  • Les symptômes d’une carence en fer chez le cheval peuvent inclure une baisse d’énergie, une anémie ou une difficulté à l’effort, mais ces cas sont souvent liés à d’autres causes.
  • Le surdosage de fer est plus fréquent que la carence, surtout si des compléments riches en fer sont donnés inutilement.
  • Un excès de fer peut perturber l’absorption d'autres minéraux (comme le cuivre ou le zinc) et provoquer un déséquilibre du métabolisme.
  • Il est inutile (et parfois risqué) de supplémenter un cheval en fer sans raison vétérinaire ou analyse sanguine confirmant une carence.
  • La qualité de l’eau de boisson peut être une source importante de fer si elle contient des taux élevés (ex. : eau de forage).
  • La complémentation raisonnée doit tenir compte de l’ensemble des apports (alimentation, eau, compléments) et des besoins réels du cheval.

Il se courre une rumeur parmi les propriétaires d’équidés, comme quoi le fer consommé par nos chevaux via leur alimentation serait dangereux pour leur santé notamment lorsque celui-ci est en excès.

L’objectif de cet article et de faire un état des lieux des risques pour la santé des chevaux à consommer du fer, de rappeler les différentes études réalisées à ce sujet et d’apporter des éléments de compréhension sur le mode de fonctionnement du fer dans l’alimentation du cheval.

En effet, ces dernières année, le sujet du fer dans l’alimentation du cheval s’est cristallisé autour d’une théorie qui consiste à penser que cet oligo-élément est responsable de diverses pathologies chez le cheval. Le problème de cette théorie du fer toxique, c’est qu’elle a tendance d’une part à faire peur aux propriétaires de chevaux dont certain se retrouvent à faire la chasse à la moindre trace de fer dans l’alimentation de leur cheval (bon courage à eux car il y en a partout…). Mais que de surcroit certaines personnes se sont vu persuadées que le fer est LE grand responsable de la pathologie dont souffre leur cheval.

Que reproche-t-on vraiment au fer ?

Heureusement, rare sont les professionnels de la nutrition équine à s’être pris de passion pour la toxicité du fer jusqu’à en faire un argument commercial. Mais le milieu du cheval est indéniablement restreint et celui de la nutrition équine l’est encore plus, permettant à ces fausses informations de se propager comme une trainée de poudre.

Le fer se voit alors rendu coupable d’être un oligo-élément à effet inflammatoire ou encore d’agent infectieux… Provoquant pléthore pathologies comme des problèmes de pieds, de peau, des problèmes métaboliques (résistance à l’insuline) ou même des tumeurs (mais qu’on le pende haut et court) !

Fer qui es-tu ? Formes et rôle dans l’alimentation du cheval

Le fer est un oligo-éléments (Fe) qui se retrouve dans l’alimentation du cheval sous différentes formes anionique (attention cette partie demande un peu de concentration, mais elle est la clé de la compréhension de notre problématique):

  • Fe3+: appelé fer ferrique, c’est un ion fer ayant perdu 3 électrons. Sous cette forme le fer est considéré comme ayant une faible biodisponibilité (5 à 10% de taux d’assimilation) . Cela signifie qu’il est très peu assimilable par le cheval.
  • Fe2+: appelé fer ferreux, c’est un ion fer ayant perdu 2 électrons. Ce dernier est considéré comme ayant une forte biodisponibilité.

Dans les fourrage (foin ou herbe), les aliments ou les cmv que consomme le cheval, le fer est naturellement présent sous sa forme Fe3+. Une fois consommé par le cheval, un processus enzymatique pourra transformer ce Fe3+ en Fe2+ au sein de la paroi intestinale afin d’en faciliter son absorption si les besoins du cheval le nécessite. Dans le cas contraire, le fer sera simplement évacué dans les crottins (ah que la nature est bien faite tout de même !).

Ainsi que votre cheval consomme un fourrage dont la valeur en fer varie de 100mg  à plus de 1000 mg par kilogramme de MS… le risque d’intoxication reste extrêmement minime (qu’on accorde donc notre clémence à ce pauvre fer !).

Des études pour mieux comprendre le fer et ses effets réels chez le cheval

Pourtant, il existe de rares cas d’intoxication au fer qui ont été vraiment documentés (et j’insiste sur cette rareté). En 2018, une étude aux Pays-Bas (M. J. P. Theelen et al. 2018) a mis en évidence le lien de cause à effet entre une consommation chronique de fer (via de l’eau riche en fer) et un taux de mortalité élevé sur un cheptel de chevaux. Ces chevaux ont été intoxiqués suite à la consommation d’eau (et non de fourrage) contenant un fort taux de fer mais sous sa forme Fe2+ et cela pendant une période de 9 années. Certains chevaux sont mort suite à une nécrose du foie due à l’accumulation de fer dans cet organe. Les signes cliniques étant, une perte d’état général (fort amaigrissement) mais nullement des problèmes de pieds ou de fourbure comme cela est parfois évoqué par les détracteurs du fer.

Concernant le lien de causalité entre le fer et son implication comme effet aggravant sur la résistance  à l’insuline (élément souvent pointé du doigt par les chasseurs de fer), quelques études ont été menées sur le sujet:

  • Une 1ère étude menée sur des chevaux sains a permis de mesurer le taux de fer sanguin après distribution d’une ration enrichie en sucre ou en céréale (maïs). Le résultat a montré que ce type de ration entraine un pic d’insuline dans l’organisme et également une augmentation du fer sanguin (Brian D. Nielsen et al. 2012).
  • Une 2ème étude a été sur 33 chevaux atteint d’hyperinsulinémie afin de quantifier le niveau de fer sanguin en lien avec le niveau d’insuline. Le résultat de cette étude est que l’on retrouve un niveau élevé de fer chez des chevaux atteint de résistance à l’insuline (Eleanor M. Kellon et al. 2019).

Ces 2 études montrent qu’une augmentation du taux d’insuline s’accompagne d’une augmentation du taux de fer circulant dans l’organisme. Mais le lien de causalité n’est pas connu à ce jour et surtout ces études n’indiquent pas que l’augmentation du fer augmente la résistance à l’insuline… mais c’est bien l’inverse qui se produit.

Ainsi, une 3ème étude  publiée en 2022 (Nancy L. McLean et al. 2022) et réalisée à grande échelle aux USA sur 1978 chevaux a cherché à savoir si une alimentation riche en fer avait un impact sur ce taux d’insuline :

Les chevaux de l’étude ont reçu en moyenne une alimentation contenant 3900mg de fer par jour (calculé à partir des analyses de fourrage et d’aliments distribués). Rappelons que la recommandation pour un cheval de 500kg est de 400mg de fer par jour (tables NRC).

Cette étude a montré sur ces chevaux, qu’une alimentation riche en fer n’a pas entrainé de résistance à l’insuline. Bien que l’étude souligne qu’il n’y a aucun intérêt à supplémenter un cheval en fer puisque cet élément est largement représenté dans l’alimentation des chevaux, la conclusion insiste bien sur le fait que faire la chasse au fer dans l’alimentation de son cheval est une pratique qui n’a aujourd’hui pas de sens. Les propriétaires de chevaux souffrant de résistance à l’insuline (pouvant causer des pathologies tel que la fourbure) doivent porter plus d’attention sur la gestion du poids de leur cheval (éviter à tout pris le surpoids chronique) et maintenir une activité physique régulière de ces derniers (du mouvement, du mouvement et encore du mouvement….).

Différence entre besoin, réglementation et taux d’absorption

Alors que les instituts de recherche (INRA ou NRC)  établissent des tables des besoins nutritionnels, d’autres organismes (AFCA-CIAL) ont pour mission d’instaurer une réglementation, c’est-à-dire un cadre pour les acteurs de la filière alimentation. Les instituts de recherche estiment que les besoins du cheval en Fer absorbable seraient de 400mg environ pour un cheval de 500kg. Le taux d’assimilation du fer alimentaire étant estimé à 5%.

L’AFCA-CIAL (Association des Fabricants de Compléments et fournisseurs d’Additifs et ingrédients fonctionnels pour l’Alimentation Animale) recommande que l’apport total maximal journalier en fer (donc 100% de la ration) soit de:

Type de chevalPoids ration MS/jourApport de fer recommandéEstimation du Fer absorbable à 5%*
Poulain6,9 kg/j5175 mg/j258 mg/j
Jument12,9 kg/j9675 mg/j483 mg/j
Cheval de loisir11,3 kg/j8475 mg/j423 mg/j
Cheval de Sport13,2 kg/j9900 mg/j495 mg/j

(*) Rappelons, comme énoncé précédemment que le cheval adulte à la possibilité de réguler l’assimilation du fer par des voies enzymatiques. Ainsi, une ration à 15000 mg de Fer présentera un taux d’assimilation plus faible afin de ne pas surcharger son organisme en Fer.

Le fer et les cmv Mila Moka

Comme énoncé précédemment le fer est un élément largement répandu dans l’alimentation du cheval notamment lorsque sa ration est bien pourvue en fourrage. Et bien que le fer présente une faible biodisponibilité, le métabolisme du cheval sait par des moyens enzymatiques augmenter son assimilation si ses besoins en fer s’en font sentir. C’est la raison pour laquelle nous n’ajoutons pas de fer dans nos cmv.

Mais vous nous demanderez peut être :  « Mais certains éléments qui composent le cmv peuvent contenir du fer ? ».

A cela nous répondons: « Oui c’est vrais ! »

Alors vous nous demanderez: « Mais pourquoi n’analysez-vous pas cette valeur ? »

A cela nous répondons « Pour les raisons évoquées ci-dessus :

  • le fer présent dans les matières premières de nos cmv est sous sa forme Fe3+, donc très peu assimilable.
  • Connaître la valeur en fer non ajoutée et non assimilable d’un cmv qui entre à hauteur de 50g dans la ration d’un cheval qui consomme 12kg de MS + 50 litres d’eau… n’a pas vraiment de sens 😊 puisque 50g par jour représente moins de 0,4% de la MS journalière… et que le cheval tolère bien les excès de fer »

Conclusion

Ainsi ce qu’il est important de retenir c’est que le fer est un oligo-éléments très fréquent dans l’alimentation de nos chevaux, à la fois présent dans les fourrages, les aliments mais aussi dans l’eau de boisson. Le cheval tolère bien une alimentation riche en fer puisque ce dernier est présent sous sa forme Fe3+ et qu’il présente un faible taux d’absorption.

Les excès de fer amenant à l’intoxication du cheval sont extrêmement rare. Lorsqu’une intoxication apparait, elle fait souvent suite à la consommation excessive de fer sous sa forme Fe2+ qui présente une plus forte biodisponibilité. Un excès de fer se traduira par une insuffisance hepathique. Aucun lien à ce jour n’est établit entre maladies métabolique (insulino résistance), problèmes de pieds (abcès) chez le cheval et une alimentation dont les teneurs en fer dépasseraient les recommandations (INRA et NRC).

Chronic iron overload causing haemochromatosis and hepatopathy in 21 horses and one donkey M. J. P. TheelenM. BeukersG. C. M. GrinwisM. M. Sloet van Oldruitenborgh-Oosterbaan

Dietary Iron Unlikely to Cause Insulin Resistance in Horses NL McLean, N McGilchrist, BD Nielsen – Animals, 2022.

Possible dysmetabolic hyperferritinemia in hyperinsulinemic horses Eleanor M. Kellon Kathleen M. Gustafson (2019).

A POTENTIAL LINK BETWEEN INSULIN RESISTANCE AND IRON OVERLOAD DISORDER IN BROWSING RHINOCEROSES INVESTIGATED THROUGH THE USE OF AN EQUINE MODEL Brian D. Nielsen, Mandi M. Vick, Patricia M. Dennis. Journal of Zoo and Wildlife Medicine Vol. 43, Issue 3s, (Sep 2012)

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A propos de Dora FLAMENT

Directrice Cofondatrice MILA MOKA Master en sciences animales, Wageningen University & Research Et Ingénieure en Agriculture, École de Purpan

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