Les fibres dans l’alimentation du cheval
Chez les équidés, l’alimentation constitue un levier fondamental pour maintenir une bonne santé, répondre aux critères de bien-être et assurer la performance (sportive, productive ou reproductive). Ces herbivores stricts ont développé un tractus digestif adapté ainsi qu’une relation de symbiose avec le microbiote de leur gros intestin, leur permettant de valoriser les fibres et d’en tirer les nutriments essentiels.
Dans cet article, vous trouverez toutes les informations nécessaires pour comprendre comment les équidés parviennent à dégrader ces composés complexes, peu ou pas digestibles pour la plupart des autres espèces animales.
Quels glucides retrouve-t-on dans la ration du cheval ?
Les équidés consomment des végétaux sous forme de céréales, de fourrages et/ou de coproduits tels que les pulpes ou les sons (Ermers et al., 2023). Ces matières végétales contiennent des protéines, des lipides, des minéraux, des vitamines, mais surtout une grande proportion de glucides (50 à 80 % de la matière sèche). Il en existe plusieurs types (Hoffman, 2013) :
- Les glucides non structuraux regroupent les sucres simples, l’amidon et certains fructanes. Ils sont stockés dans le contenu des cellules végétales. Ces glucides sont facilement dégradés par les enzymes digestives produites par l’équidé (notamment l’amylase), puis rapidement assimilés dans l’intestin grêle.
- Les glucides structuraux, appelés fibres, forment les parois des cellules végétales. On distingue les fibres solubles (pectines, gommes, mucilages), facilement fermentescibles, des fibres insolubles, telles que cellulose, hémicelluloses et lignine, qui donnent la rigidité aux végétaux. La cellulose est la fibre la plus abondante dans les parois (environ 30 à 45 %), suivie des hémicelluloses, de la lignine et des pectines. La digestibilité des fibres diminue avec leur teneur en lignine, une substance indigeste qui rigidifie les parois et rend les autres fibres moins accessibles pour la dégradation. La quantification des fibres se fait de plusieurs manières :
- Détermination de la quantité de cellulose brute (CB),
- Détermination des fractions NDF (Neutral Detergent Fiber = cellulose + hémicelluloses + lignine), ADF (Acid Detergent Fiber = cellulose + lignine) et ADL (Acid Detergent Lignin = lignine). Par soustraction, il est possible de retrouver les quantités de chaque fibre insoluble.
Vous trouverez en figure 1 un schéma de la répartition des différents glucides au sein des cellules végétales.
De manière générale, les céréales sont riches en glucides non structuraux, tandis que les fourrages constituent la principale source de glucides structuraux (fibres). Toutefois, cette répartition n’est pas exclusive : on retrouve également des petites quantités de glucides non structuraux — notamment des fructanes — dans certains fourrages, ainsi que des petites quantités de fibres dans les céréales et les coproduits. Ainsi, pour estimer précisément l’apport journalier en fibres (et glucides structuraux) d’un équidé, il est essentiel de considérer l’ensemble des matières premières ingérées. Vous trouverez en table 1 un récapitulatif des apports des différents glucides par matières végétales.
Table 1. Exemple d'apport (en pourcentage, soit g/100g de matière sèche) en glucides non-structuraux et structuraux selon la matière végétale ciblée (feedtables.com et INRA 2011)
| CB | NDF | ADF | ADL | Sucres | Amidon | |
|---|---|---|---|---|---|---|
| Foin de prairie | 35 | 65 | 37 | 6 | - | < 1 |
| Foin de luzerne | 37 | 56 | 37 | 5 | - | < 1 |
| Paille de blé | 42 | 80 | 50 | 7 | - | < 1 |
| Pulpe de betterave | 19 | 47 | 29 | 2 | - | < 1 |
| Tourteau de soja | 7 | 15 | 9 | < 1 | 11 | < 1 |
| Son de blé | 11 | 47 | 14 | 4 | 8 | 25 |
| Avoine | 13 | 36 | 16 | 3 | 2 | 42 |
| Orge | 5 | 22 | 7 | 1 | 3 | 58 |
| Maïs | 3 | 12 | 3 | < 1 | 2 | 69 |
Comment les fibres apportées au cheval sont-elles dégradées ?
Dégradation mécanique dans la bouche du cheval
L’étape de mastication de la ration est essentielle, car, grâce à un mouvement rotatif, l’équidé réduit les matières végétales en particules plus fines, ce qui facilite leur digestion dans le reste du tractus digestif (Witherow, 2025). Cela est particulièrement vrai pour les brins de fourrages longs, qui sont fragmentés en brins plus courts, favorisant ainsi leur dégradation microbienne ultérieure dans le gros intestin.
Digestion microbienne dans le gros intestin du cheval
Les fibres sont résistantes aux enzymes digestives produites par l’équidé. Ainsi, lorsqu’elles atteignent le gros intestin, elles n’ont subi qu’une dégradation mécanique, effectuée dans la bouche. Leur transformation en nutriments assimilables repose entièrement sur l’action du microbiote, principalement constitué de bactéries et de champignons, présent dans le gros intestin (Julliand et Grimm, 2016). Les micro-organismes interviennent en deux étapes. D’abord, certains produisent et sécrètent des enzymes spécifiques (cellulases, hémicellulases, pectinases) qui dégradent les fibres en sucres plus simples : c’est l’étape d’hydrolyse.
Ensuite, ces sucres sont fermentés par des micro-organismes, produisant ainsi des acides gras volatils (AGV) — principalement acétate, propionate et butyrate — mais aussi des gaz (CO₂, méthane) et des vitamines du groupe B : c’est l’étape de fermentation. Ces deux étapes sont majoritairement assurées par des bactéries dites fibrolytiques. En cas d’excès d’amidon et de sucres simples dans la ration, une partie peut atteindre le gros intestin où elle est fermentée par des bactéries amylolytiques et saccharolytiques. Cela entraîne une production accrue de lactate ainsi que de propionate. Les proportions des produits issus de la fermentation dépendent donc directement de la composition de la ration (Julliand et Grimm, 2017).
Résumé
Les fibres sont des composés complexes non dégradés par les enzymes du cheval. Elles sont valorisées grâce à une première étape de dégradation mécanique dans la bouche, suivie d’une digestion microbienne assurée par le microbiote du gros intestin, qui les transforme en nutriments essentiels. Cette digestion microbienne dépend fortement de la qualité et de la quantité des fibres apportées, soulignant l’importance de maintenir une place suffisante pour les fourrages dans la ration. Dans le second article du mois de juillet, vous comprendrez pourquoi ces fibres constituent un pilier fondamental pour le maintien de la santé digestive et comportementale, et vous serez guidé dans les bonnes pratiques à mettre en place concernant la ration de votre cheval.
Références
- Ermers C., McGilchrist N., Fenner K., Wilson B., McGreevy P., 2023. The Fibre Requirements of Horses and the Consequences and Causes of Failure to Meet Them. Animals, 13(8):1414. https://doi.org/10.3390/ani13081414
- Hoffman, R. M., 2013. Carbohydrate metabolism and metabolic disorders in horses. In R. J. Geor, P. A. Harris, & M. Coenen (Editeurs), Equine applied and clinical nutrition: Health, welfare and performance (pp. 156–167). Saunders Elsevier
- Feedtables.com. from https://www.feedtables.com/content/table-dry-matter
- Martin-Rosset W. (Coordinateur), 2012. Alimentation des chevaux : Tables des apports alimentaires INRA 2011. Versailles, France. Éditions Quae.
- Witherow B., 2025. The significance of chewing in horses. UK Vet Equine, 9(1):6–12. https://doi.org/10.12968/ukve.2024.0035
- Julliand V., & Grimm P., 2016. HORSE SPECIES SYMPOSIUM: The microbiome of the horse hindgut: History and current knowledge. Journal of Animal Science. 94(6):2262-2274. https://doi.org/10.2527/jas.2015-0198
- Julliand, V., & Grimm P., 2017. The impact of diet on the hindgut microbiome. Journal of Equine Veterinary Science, 52:23–28. https://doi.org/10.1016/j.jevs.2017.03.002
A propos de Marylou Baraille
Chargée d'affaires en nutrition équine chez Mila Moka | Ingénieure agronome spécialisée en production animale (Institut Agro Dijon) & Docteure en nutrition équine (Université de Bourgogne)
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