Maladies transmises par les tiques chez le cheval : comment accompagner un cheval atteint d’une forme chronique ?
Les tiques représentent un risque sanitaire important pour les chevaux, car elles peuvent transmettre différents agents infectieux responsables de maladies dont les conséquences sont parfois difficiles à gérer. Si certaines infections sont éliminées après un traitement adapté, d’autres peuvent laisser des séquelles ou entraîner un état de fragilité durable chez certains chevaux (on parle de maladies de tiques chroniques).
Comprendre les mécanismes de ces maladies1,2 et les besoins spécifiques d’un cheval atteint permet de mieux l’accompagner au quotidien et de limiter l’apparition de nouvelles crises. C’est ce que nous allons voir dans cet article.
Qui sont les tiques et comment agissent-elles ?
Les tiques sont des parasites externes appartenant à la famille des acariens. Elles se nourrissent du sang de leurs hôtes et peuvent parasiter de nombreuses espèces animales, dont le cheval. Les tiques les plus impliquées dans la transmission de maladies appartiennent principalement à la famille des Ixodidae. Leur cycle de développement comprend plusieurs étapes : œuf, larve, nymphe puis adulte. Aux stades larvaire, nymphal et adulte, elles recherchent un hôte afin de se nourrir de sang. La tique se fixe généralement dans des zones où la peau est plus fine et facilement accessible, comme l’encolure, le poitrail, les membres, la base de la crinière ou sous la queue. Lors de la morsure, la tique injecte de la salive contenant différentes molécules (jouant sur l’inflammation, l’immunité et l’hémostase). C’est également par cette voie que des agents pathogènes peuvent être transmis au cheval. Chez le cheval, les principales maladies transmises par les tiques sont :
- La piroplasmose équine, provoquée par les parasites Theileria equi et Babesia caballi,
- La maladie de Lyme, liée à des bactéries du genre Borrelia,
- L’anaplasmose équine, due principalement à Anaplasma phagocytophilum.
Comment se manifestent ces pathologies ?
Toutes les maladies transmises par les tiques n’évoluent pas de la même manière. Certaines infections sont éliminées après un traitement adapté, tandis que d’autres peuvent entraîner :
- une infection persistante, lorsque l’agent infectieux reste présent dans l’organisme,
- des séquelles post-infectieuses (inflammation, dommages cellulaires, etc.), même si l’agent infectieux a été contrôlé.
La piroplasmose équine
Theileria equi et Babesia caballi infectent les globules rouges. Après morsure par une tique infectée, les signes cliniques se développent dans les 10 à 30 jours pour Babesia caballi, et dans les 12 à 19 jours pour Theileria equi.
Lors de la phase aiguë, la destruction des globules rouges provoque une anémie, accompagnée de fièvre souvent supérieure à 40 °C, d’abattement, d’une perte d’appétit et d’une baisse des performances. Les chevaux peuvent également présenter une accélération du rythme cardiaque et respiratoire, des muqueuses pâles ou jaunâtres (ictère), des urines foncées ainsi que des œdèmes. Dans les formes les plus sévères, l’évolution peut être très rapide et parfois mortelle.
Après la phase aiguë, certains chevaux peuvent devenir porteurs chroniques, en particulier avec Theileria equi. Beaucoup ne présentent alors aucun signe clinique, tandis que d’autres peuvent montrer une baisse d’état général, une perte de poids, une diminution des performances ou une anémie discrète. En cas de stress, d’immunodépression ou de maladie concomitante, une réactivation de l’infection est possible. Même asymptomatiques, ces chevaux restent une source de contamination pour les tiques et, chez les juments infectées par T. equi, une transmission au poulain pendant la gestation peut survenir.
La maladie de Lyme
Après la morsure d’une tique infectée par une bactérie du genre Borrelia, la période d’incubation est variable et peut s’étendre de plusieurs semaines à plusieurs mois. Borrelia possède en effet plusieurs mécanismes lui permettant d’échapper aux défenses de l’organisme. En effet, la salive de la tique peut diminuer temporairement certaines réactions immunitaires et la bactérie peut modifier les protéines présentes à sa surface, ce qui complique sa reconnaissance par le système immunitaire. La bactérie se multiplie principalement dans les tissus conjonctifs (notamment ceux riches en collagène) et peut diffuser dans différents organes.
Des mécanismes complexes (et encore discutés) peuvent contribuer à la persistance et la chronicité des signes après l’infection. Dans certains cas, des atteintes spécifiques peuvent apparaître, notamment des douleurs articulaires et musculaires, des troubles neurologiques (modifications du comportement, troubles de la coordination), cardiaques et oculaires (uvéites).
L’anaplasmose équine
Anaplasma phagocytophilum infecte principalement les neutrophiles (globules blancs), des cellules essentielles du système immunitaire. Après la morsure d’une tique infectée, les signes cliniques apparaissent généralement après une période d’incubation de 1 à 2 semaines.
La sévérité de la maladie varie notamment selon l’âge du cheval. Chez les adultes, elle se manifeste principalement par une forte fièvre, de l’abattement, une perte d’appétit, une réticence au mouvement, une ataxie, un œdème des membres et parfois un ictère ou des pétéchies. Chez les jeunes chevaux, les signes sont généralement plus modérés et, chez les poulains de moins d’un an, la fièvre peut être le seul signe observé. L’infection peut d’ailleurs provoquer des modifications transitoires de la formule sanguine, notamment une diminution du nombre de globules blancs (leucopénie) ou de plaquettes (thrombocytopénie).
Le diagnostic d’une maladie transmise par les tiques
Comme mentionné ci-dessus, les signes observés étant souvent peu spécifiques (fatigue, baisse de performance, amaigrissement, raideurs), il est essentiel de les combiner avec des analyses sanguines.
Les analyses sanguines peuvent :
- rechercher la présence directe de l’agent infectieux ou mettre en évidence une réponse de l’organisme à celui-ci. La PCR permet de détecter l’ADN des agents pathogènes dans le sang, notamment lors d’une infection active, tandis que la sérologie recherche les anticorps produits par le cheval après exposition.
- évaluer les conséquences de l’infection sur l’organisme, comme une anémie, une inflammation ou une modifications des cellules sanguines.
Les traitements médicamenteux existants pour lutter contre les maladies de tiques
Le traitement des maladies transmises par les tiques dépend de l’agent infectieux en cause et de l’état général du cheval. En cas de piroplasmose, le traitement repose principalement sur l’utilisation d’un antiparasitaire, l’imidocarbe dipropionate. Plusieurs injections peuvent être nécessaires selon le parasite impliqué, notamment lors d’infection par Theileria equi. Ce traitement peut toutefois provoquer des effets secondaires digestifs (diarrhée, signes de coliques), ce qui nécessite une surveillance attentive du cheval et peut conduire à l’utilisation de traitements complémentaires pour limiter ces réactions. Dans les formes sévères, une prise en charge de soutien (comme une perfusion en cas d’atteinte rénale importante) peut être indispensable. Chez certains chevaux infectés par T. equi, le traitement permet de réduire la quantité de parasites et les signes cliniques, mais ne garantit pas toujours une élimination complète de l’agent infectieux.
Pour l’anaplasmose équine, une antibiothérapie, notamment à base d’oxytétracycline, permet généralement une amélioration rapide des signes cliniques.
La maladie de Lyme est plus complexe à prendre en charge. Le traitement repose généralement sur une antibiothérapie et l’adminsitration de traitement pour soulager les symptômes (anti-inflammatoires, collyre, etc.).
Des recherches sont actuellement menées afin de développer de nouvelles stratégies thérapeutiques, notamment contre Theileria equi, ainsi que des vaccins ou des approches visant à mieux contrôler les mécanismes inflammatoires associés à ces infections.
Dans les formes chroniques ou lors de périodes de récupération prolongée, l’accompagnement du cheval ne repose pas uniquement sur le traitement de l’agent infectieux. Une gestion adaptée au quotidien devient essentielle afin de soutenir l’organisme et d’éviter la réapparition des crises.
Comment accompagner un cheval atteint d’une forme chronique de maladies de tiques ?
L’accompagnement d’un cheval atteint d’une maladie transmise par les tiques repose sur une approche globale. L’objectif est d’améliorer et préserver son état corporel, de soutenir son système immunitaire et de favoriser sa résilience afin que l’agent infectieux ne reprenne pas le dessus.
Apporter suffisamment d'énergie (calories) et de protéines
Le fourrage (foin et/ou herbe) doit rester le pilier de la ration afin d’assurer un apport suffisant en fibres, indispensables pour la santé digestive et l’immunité.
Lorsque le cheval a perdu de l’état pendant une crise, il pourra être conseillé d’introduire un aliment comme le FIBRA DIGEST 0% pour augmenter progressivement :
- les apports énergétiques en privilégiant des sources de fibres hautement digestibles car les excès d’amidon et de sucres peuvent perturber l’équilibre digestif et rajouter une source d’inflammation,
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Couvrir les besoins en minéraux et vitamines
Après une crise, l’organisme du cheval peut rester sollicité pendant plusieurs semaines, voire plusieurs mois. La réponse immunitaire mise en place pour contrôler l’infection, ainsi que les phénomènes inflammatoires associés, augmentent les besoins de l’organisme en certains (micro)nutriments indispensables au fonctionnement des cellules immunitaires et au maintien de l’équilibre oxydatif. La couverture des besoins en vitamines et minéraux constitue donc une base essentielle pour accompagner la récupération. Des éléments comme la vitamine E, le sélénium, le zinc ou encore le cuivre interviennent dans de nombreux mécanismes : protection des cellules contre le stress oxydatif, fonctionnement des globules blancs, production de certaines molécules impliquées dans la réponse immunitaire et réparation des tissus après une période d’inflammation. Un apport insuffisant en ces nutriments peut limiter les capacités d’adaptation de l’organisme et rendre le cheval plus vulnérable lors de périodes de stress (transport, changement d’environnement, effort intense, maladie).
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Une complémentation ciblée pour accompagner les périodes de récupération
Au-delà de la couverture des besoins nutritionnels, une complémentation ciblée visant à accompagner les mécanismes impliqués dans la gestion de l'inflammation et la récupération est un réel plus3. Les principaux axes à cibler sont notamment :
- la gestion du stress oxydatif, grâce à des composés antioxydants comme les polyphénols,
- l’équilibre de la réponse immunitaire, avec des ingrédients étudiés pour leurs propriétés immunomodulatrices,
- le soutien des fonctions hépatiques, particulièrement sollicitées lors de périodes d’inflammation ou de traitements médicamenteux,
- le maintien d’un microbiote digestif équilibré, qui peut être fragilisé lors des périodes de maladie, notamment en raison de certains traitements médicamenteux comme les antibiothérapies et de l’inflammation.
Afin d’accompagner les chevaux ayant été confrontés aux maladies transmises par les tiques, nous avons développé un nouveau complément alimentaire, dont la commercialisation est prévue en septembre. Sa formule associe des extraits végétaux, des dérivés de levures et des probiotiques sélectionnés pour agir sur les différents axes cités ci-dessus. Il s’inscrit ainsi dans une approche globale visant à soutenir l’organisme lors des phases de récupération ou chez les chevaux présentant une fragilité persistante, toujours en complément d’un suivi vétérinaire et d’une gestion quotidienne adaptée.
Adapter la gestion quotidienne
Enfin, il est important de mettre en place une gestion limitant les facteurs de stress (environnement et alimentation stables). Une reprise progressive de l’activité physique est souvent préférable à un repos prolongé complet. Le mouvement permet de maintenir la masse musculaire, la mobilité et le bien-être général, tout en respectant les capacités du cheval. Une surveillance régulière est essentielle : évolution du poids, appétit, niveau d’énergie, température, locomotion ou apparition de nouveaux symptômes permettent d’adapter rapidement la prise en charge. La prévention des nouvelles infestations par les tiques reste également indispensable. Une inspection régulière après les sorties en zones à risque et un retrait rapide des tiques permettent de réduire le risque de transmission.
Résumé : le cheval atteint d'une forme chronique de maladie transmise par les tiques
Les maladies transmises par les tiques peuvent avoir des conséquences importantes chez le cheval, notamment lorsqu’elles entraînent une forme chronique. La prise en charge repose sur une gestion globale permettant de soutenir l’organisme : une alimentation équilibrée, une complémentation raisonnée et un environnement limitant les sources de stress. Avec un accompagnement adapté, de nombreux chevaux atteints de formes persistantes peuvent conserver une bonne qualité de vie et retrouver progressivement leur confort et leur vitalité.
Références
1Berger F., 2024. Les maladies transmises par les tiques chez le cheval. Sciences pharmaceutiques. Disponible : https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-04575773v1/file/BERGER%20Fiona.pdf
2Bègue G., 2025. Étude d’éléments d’interprétation des panels de tests PIRO-like équins à partir de données de laboratoire de 2021 à 2024 dans leur contexte clinique. Sciences du Vivant. Disponible : https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-05435192v1/file/2025lyon113.pdf
3Bleyzac N., 2026. La maladie de Lyme chez le cheval : physiopathologie et pistes de traitement. Disponible : https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-05435192v1/file/2025lyon113.pdf
A propos de Marylou Baraille
Chargée d'affaires en nutrition équine chez Mila Moka | Ingénieure agronome spécialisée en production animale (Institut Agro Dijon) & Docteure en nutrition équine (Université de Bourgogne)
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