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L’intérêt de faire un bilan nutritionnel pour son équidé
L’alimentation joue un rôle central chez les équidés : lorsqu’elle est adaptée et optimisée, elle peut favoriser la santé et améliorer les performances. L’inverse est tout à fait possible aussi. Mais comment savoir si un équidé reçoit exactement ce dont il a besoin ? C’est là qu’intervient le bilan nutritionnel.
Le bilan nutritionnel équin consiste à comparer les besoins de l’équidé avec les apports fournis par son alimentation afin de détecter d’éventuelles carences ou excès. Il peut aussi se trouver sous le terme « calcul de ration ». Dans cet article, nous allons détailler les différentes étapes pour le réaliser.
Chez Mila Moka, nous parlons plutôt d’audit nutritionnel car nous ne prenons pas seulement en compte ce qui existe en théorie. Pour nous, une ration a davantage de sens si elle tient compte de tout ce qui gravite autour de l’équidé : sa santé, son environnement, son type d’activité. Il nous parait aussi essentiel de tenir compte des contraintes de celui qui s’occupe de l’équidé, afin de proposer des solutions réalistes et durables (Figure 1).
Les informations nécessaires pour un audit nutritionnel fiable
Un audit nutritionnel fiable repose avant tout sur la qualité des informations collectées.
Le cheval et tout ce qui gravite autour pour évaluer au mieux ses besoins
La première étape consiste à dresser un portrait précis de l’équidé. Son âge, son sexe, sa race, et son usage (loisir, compétition, reproduction, compagnon) permettent déjà de situer ses besoins. Le poids corporel, idéalement obtenu par pesée ou estimé (ruban, formule) est associé à une note d’état corporel. Si nous ne nous déplaçons pas sur le terrain pour réaliser ces mesures, nous demandons des photos, afin d’évaluer si le poids et la note d’état corporel actuels sont en adéquation avec l’état idéal. L’historique vient compléter ce tableau : variations récentes d’état corporel, pathologies (syndrome de Cushing, SME, maladies de tiques, etc.), traitements médicamenteux ultérieurs ou en cours, état dentaire et parasitaire, ou encore la qualité des pieds. L’environnement et le mode de vie donnent aussi un contexte indispensable : accès au pâturage (24h/24, partiel), temps au box, intensité et durée de l’exercice, congénères, compétition pour l’alimentation, etc.
Grâce à toutes ces informations, nous pouvons trouver les besoins définis par l’INRA (cela donne une base, Figure 2) et les adapter en fonction de tous les autres paramètres relevés. À titre d’exemple, un Mérens ou un Haflinger de 500 kg n’aura pas les mêmes besoins qu’un pur-sang de 500 kg (alors qu’il faut pourtant se référer au même tabeau en théorie), car tout ne se passe pas pareil à l’intérieur. Il y a des différences de valorisation, d’assimilation et de métabolisme que les tables ne prennent pas en compte. Il y a peu, voire pas, d’études sur la question et cela repose majoritairement sur l’expérience terrain.
Décrire l'alimentation de votre cheval afin d’évaluer au mieux ses apports nutritionnels quotidiens
La seconde étape consiste à analyser en détail tout ce qu’ingère l’équidé en une journée. Il s’agit de relever la quantité et la fréquence de distribution de chaque aliment : fourrage, concentrés, compléments, ainsi que la façon dont ils sont distribués (humidification, mélange, slowfeeding, etc.). Si le foin et l’herbe sont consommés à volonté, il est pertinent d’indiquer la surface de la parcelle, le poids et le nombre de roundballer à disposition ainsi que le nombre et le type d’équidé qui les consomment afin d’avoir une idée de la quantité consommée par individu.
Pour définir les apports nutritionnels, il faudrait pouvoir renseigner le lieu de récolte du foin, le type de foin (foin de prairie, foin de luzerne, ray-grass, etc.), le moment où il a été coupé (mois/année), ainsi que la méthode de séchage et de conservation. Cela permet de trouver un fourrage de référence avec des valeurs analytiques les plus représentatives possibles. L’idéal est de disposer d’une analyse de foin pour connaître les valeurs analytiques réelles. Enfin, les étiquettes des aliments concentrés et des CMV permettent de connaitre la nature des ingrédients (composition) et ce que ces derniers apportent (teneurs analytiques) par kg. En multipliant la dose de chaque élément distribué sur la journée, par les teneurs analytiques, on définit alors les apports nutritionnels sur une journée (Figure 3).
Les informations sur l’eau et sur l’accès à une pierre à sel sont aussi importantes pour compléter l’analyse.
La comparaison besoins VS apports pour diagnostiquer des déséquilibres dans la ration
Une fois les données sur l’équidé et sa ration actuelle sont rassemblées, l’analyse peut débuter. Cette étape met en lumière les forces de la ration, mais aussi les déséquilibres potentiels. Les principaux points d’attention sont les suivants :
• Un apport suffisant en matière sèche et en cellulose car sans cela, le système digestif du cheval ne peut pas fonctionner et il n’aura pas son carburant principal,
• Un apport en UFC (énergie) et MADC (matières azotées digestibles) suffisant pour maintenir un bon état corporel (masse grasse et musculaire). L’énergie provient des fibres, des matières grasses et des sucres (amidon + sucres solubles) et est nécessaire pour le mouvement et le maintien de la température corporelle. Les protéines quant à elles sont essentielles à la croissance, au développement et au maintien musculaire mais aussi à d’autres moments spécifiques comme la production de lait chez les juments.
• Un apport sécurisé en amidon + sucres, par repas et par jour (surtout chez les chevaux à problèmes digestifs et métaboliques), pour ne pas déclencher ou aggraver des problèmes digestifs et/ou métaboliques,
• Un rapport phosphocalcique de la ration totale supérieur à 1.5, pour assurer la bonne absorption du calcium, indispensable à une bonne minéralisation osseuse et une bonne fonction musculaire et nerveuse,
• Des apports en oligo-éléments et vitamines qui couvrent au moins 100% des besoins, pour assurer la majeure partie des réactions dans l’organisme et notamment les réactions immunitaires.
• Un rapport zinc/cuivre de la ration totale autour de 4, pour assurer la bonne absorption du zinc et du cuivre, indispensable à la qualité du derme et des phanères.
C’est ce croisement entre besoins de l’équidé et composition précise de la ration qui rend possible un diagnostic juste (notamment sur les potentielles carences), et donc des recommandations adaptées, sécurisées et réellement efficaces.
Le plan d’action pour rétablir l’équilibre
En figure 4, vous trouverez un exemple de comparaison apports VS besoins nutritionnels.
Le rééquilibrage de la ration passe d’abord par une adaptation des apports, tant sur le plan quantitatif (kg/jour et kg/repas si nécessaire) que qualitatif, en remplaçant ou en concentrant certains aliments, en ajoutant un complément minéral équilibré ou en modifiant le type de fourrage si nécessaire.
À titre d’exemple, voici une des conclusions possibles quant à la comparaison besoins VS apports nutritionnels en figure 4 :
• Si le cheval manque d’état, il est recommandé d’apporter plus d’énergie à la ration. Pour cela, on conseillera plutôt d’augmenter légèrement la dose d’aliment FIBRA DIGEST 0% et d’ajouter des graines de lin extrudées, si nécessaire.
• Pour le manque de chlorure de sodium, une solution simple est de laisser une pierre à sel (basique) à disposition, loin du point d’eau.
• Le zinc et l’iode sont très légèrement déficitaires. L’augmentation de la dose d’aliment FIBRA DIGEST 0% permettra de combler ce léger déficit.
L’aménagement de la parcelle et les modalités de distribution des repas sont aussi de vrais outils à considérer pour réguler/améliorer la prise alimentaire.
Un soutien complémentaire peut être recommandé pour soutenir certaines pathologies.
Enfin, un bilan nutritionnel n’est jamais figé : le suivi régulier du poids, de l’état corporel, du poil, de la corne et de la digestion sont des indicateurs importants à prendre en compte pour ajuster la ration au fil des saisons, de l’activité ou d’éventuelles modifications physiologiques. L’analyse de foin devrait idéalement être réalisée pour chaque coupe ou lot, ou a minima une fois par an.
Résumé : pourquoi faire un bilan nutritionnel avec une nutritionniste équin ?
Le bilan nutritionnel reste le meilleur outil pour mettre en évidence des déséquilibres nutritionnels pouvant conduire à des déséquilibres physiologiques. Lorsqu’il est correctement réalisé, il est souvent rentable : il permet de limiter l’apparition de certains problèmes de santé, d’accompagner les équidés fragiles (insulino-résistants, vieillissants, en croissance, etc.), d’affiner les performances mais aussi d’éviter le gaspillage. Enfin, chaque recommandation formulée doit tenir compte des contraintes propres au propriétaire afin d’assurer un plan d’action réaliste et durable.
A propos de Marylou Baraille
Chargée d'affaires en nutrition équine chez Mila Moka | Ingénieure agronome spécialisée en production animale (Institut Agro Dijon) & Docteure en nutrition équine (Université de Bourgogne)
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