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L’immunité antiparasitaire chez le cheval

L’immunité antiparasitaire est bien décrite chez plusieurs espèces animales, notamment chez les ruminants, pour lesquels la résistance acquise aux helminthes gastro-intestinaux a été largement étudiée et constitue un modèle de référence. Chez ces espèces, une exposition répétée à de faibles niveaux d’infestation permet le développement progressif d’une immunité partielle, limitant la charge parasitaire (sans élimination complète) et donc la nécessité d’avoir recours en excès aux vermifuges chimiques.

Chez le cheval, les connaissances sont plus limitées et reposent principalement sur des observations épidémiologiques. Celles-ci montrent des tendances similaires : les infestations par les petits strongles sont généralement plus importantes chez les jeunes chevaux et diminuent à l’âge adulte, tandis que les infections par Parascaris equorum sont principalement observées chez les poulains et deviennent très rares chez les adultes. Ces observations suggèrent le développement d’une immunité anti-helminthes acquise progressivement, bien que partielle pour les cyathostomes et beaucoup plus marquée pour les ascaris1,2.

Dans cet article, vous découvrirez un aperçu des mécanismes de la réponse immunitaire face aux helminthes, ainsi que les leviers permettant de soutenir l’immunité. L’objectif est de mieux comprendre comment le volet immunitaire peut être intégré dans la stratégie de vermifugation raisonnée, afin de limiter le recours aux vermifuges chimiques.

Mécanismes immunitaires impliqués dans la gestion de l’infestation parasitaire

Les mécanismes de l’immunité antiparasitaire contre certains helminthes, notamment les petits strongles, sont décrits chez les ruminants et les modèles murins3,4.

Lors de l’infestation, l’immunité innée constitue la première ligne de défense. Les cellules épithéliales intestinales détectent la présence des parasites et déclenchent une réaction inflammatoire locale. Cette réponse entraîne le recrutement de différentes cellules immunitaires, notamment les mastocytes et les éosinophiles. Les éosinophiles libèrent des substances toxiques capables d’endommager la cuticule des parasites, tandis que les mastocytes stimulent la production de mucus et augmentent la motilité intestinale pour faciliter l’expulsion des parasites. Dans un second temps se développe l’immunité acquise. Les lymphocytes produisent plusieurs molécules clés, notamment des cytokines, qui vont stimuler la production d’anticorps et de mucus, et (ré)activer les cellules immunitaires lors de nouvelles infestations. Des études spécifiques chez le cheval restent toutefois nécessaires pour déterminer si ces mécanismes sont similaires. 

Quoi qu’il en soit, l’objectif de l’immunité antiparasitaire ne se limite pas à l’expulsion des parasites : il repose surtout sur la mise en place d’une réponse immunitaire durable, capable de reconnaître rapidement les ré-infestations et de les contrôler avant qu’elles n’atteignent des niveaux pathologiques. Pour que cette immunité se développe et se maintienne efficacement, il est essentiel de préserver des populations refuges dans l’environnement. Pour cela, il est primordial d’éviter l’utilisation des vermifuges lorsqu’ils sont inutiles (par exemple chez les chevaux adultes faibles et moyens excréteurs, sans signes cliniques). En effet, en l’absence d’exposition modérée aux parasites, le système immunitaire n’est plus stimulé, ce qui entraine une perte de réactivité et rend les individus beaucoup plus sensibles à la moindre exposition (Figure 1).

Variabilité d’excrétion parasitaire entre les chevaux

Tous les individus ne développent pas la même efficacité immunitaire. Par exemple, chez le cheval il est estimé qu’environ 20 % des individus sont responsables de la majorité de l’excrétion des œufs de strongles au sein d’un troupeau5.

Le statut de fort excréteur d'oeufs de strongles est principalement associé à des individus dont la réponse immunitaire est insuffisamment développée ou altérée, notamment les jeunes chevaux et les animaux âgés et/ou soumis à des situations d’immunodépression ou de maladie chronique comme le syndrome de Cushing6,7,8. Chez les ruminants, il a aussi été décrit une baisse transitoire de l’immunité autour de la mise bas (« periparturient relaxation of immunity ») qui peut entraîner une augmentation de l’excrétion parasitaire et accroître le risque de contamination de la descendance9. Chez ces individus, le suivi sanitaire doit être rigoureux et l’accompagnement nutritionnel pour soutenir le système immunitaire doit être adapté.

Rôle de la nutrition dans le maintien de l’immunité

Le développement des réponses immunitaires dépend étroitement du statut nutritionnel du cheval.

Les fibres hautement digestibles

Un apport suffisant en fibres fermentescibles favorise le développement d’une population microbienne diversifiée et stable dans le gros intestin. Les produits issus de cette fermentation, notamment les acides gras volatils à chaîne courte comme le butyrate10, constituent des substrats énergétiques pour les cellules intestinales et participent au maintien de l’intégrité de la barrière digestive. Une muqueuse intestinale fonctionnelle limite ainsi le passage de molécules pro-inflammatoires et contribue à une réponse immunitaire mieux régulée. À l’inverse, les déséquilibres du microbiote ou les perturbations digestives peuvent favoriser un état inflammatoire chronique susceptible d’altérer les capacités immunitaires. Pour cela, certaines matières premières riches en fibres dites « super fibres », comme la pulpe de betterave ou le sainfoin sont d’intérêts11. Le sainfoin semble présenter une double casquette car certains travaux récents suggèrent que les tanins condensés de cette légumineuse peuvent avoir une action antiparasitaire directe, notamment envers certains nématodes, chez le cheval12,13,14 et chez d’autres espèces herbivores15,16.

La couverture des besoins protéiques  

Chez les ruminants, plusieurs travaux ont montré qu’un meilleur statut protéique pouvait renforcer la résistance ou la résilience de l’hôte face aux infections par les nématodes gastro-intestinaux, notamment en soutenant les réponses immunitaires et la restauration des tissus digestifs17. Chez le cheval, l’influence directe du statut protéique sur la capacité à contrôler les infestations parasitaires reste cependant encore peu documentée.

Les apports en minéraux et vitamines

Enfin, les vitamines et oligo-éléments (notamment le zinc, le cuivre, le sélénium, les vitamines A et E) sont indispensables au fonctionnement du système immunitaire, car ils agissent comme cofacteurs de nombreuses réactions métaboliques de l’organisme et participent à la régulation des réponses immunitaires, au maintien des barrières épithéliales et à la protection contre le stress oxydatif18,19. Apporter un CMV au quotidien permet ainsi de sécuriser ces apports essentiels.

Résumé : l’immunité antiparasitaire chez le cheval

Le concept d’immunité parasitaire est déjà largement intégré dans d’autres espèces herbivores comme les bovins, ovins ou caprins, chez lesquels les traitements antiparasitaires deviennent beaucoup plus limités à l’âge adulte grâce au développement d’une immunité acquise efficace. Ce principe devrait être de plus en plus appliqué chez le cheval, si la mise en place de la vermifugation sélective et stratégique est respectée.

Références

1Klei T.R., Chapman M.R. (1999). Immunity in equine cyathostome infections. Veterinary Parasitology, 85(2–3):123–133; discussion 133–136, 215–225. https://doi.org/10.1016/S0304-4017(99)00093-X

2Reinemeyer C.R. (2009). Diagnosis and control of anthelmintic-resistant Parascaris equorum. Parasites & Vectors, 2(Suppl 2):S8. https://doi.org/10.1186/1756-3305-2-S2-S8

3Balic A., Bowles V.M., Meeusen E.N.T. (2000). The immunobiology of gastrointestinal nematode infections in ruminants. Advances in Veterinary Parasitology, 45:181–241. https://doi.org/10.1016/S0065-308X(00)45005-0

4Enderlein C. (2002). L’immunité au cours des strongyloses gastro-intestinales des ruminants : étude bibliographique. Thèse de doctorat vétérinaire, Université Claude Bernard Lyon 1. Disponible sur : https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-04652193v1/document

5Lester H.E., Matthews J.B. (2014). An update on faecal worm egg counts in horses. Equine Veterinary Journal, 46:139–145. https://doi.org/10.1111/evj.12199

6McFarlane D., Hale G.M., Johnson E.M., Maxwell L.K. (2010). Fecal egg counts after anthelmintic administration to aged horses and horses with pituitary pars intermedia dysfunction. Journal of the American Veterinary Medical Association, 236(3):330–334. https://doi.org/10.2460/javma.236.3.330

7Adams A., Betancourt A., Barker V., Siard M., Elzinga S., Bellaw J., Amodie D., Nielsen M. (2015). Comparison of the immunologic response to anthelmintic treatment in old versus middle-aged horses. Journal of Equine Veterinary Science, 35(11–12):873–881.e3. https://doi.org/10.1016/j.jevs.2015.07.005

8Horner A., Bamford N.J., Stear M.J., Piedrafita D., Jabbar A., Hughes K.J., El-Hage C.M., Preston S. (2024). Strongyle egg shedding and egg reappearance periods in horses with pituitary pars intermedia dysfunction. Veterinary Parasitology, 328:110176. https://doi.org/10.1016/j.vetpar.2024.110176

9González-Garduño R., Arece-García J., Torres-Hernández G. (2021). Physiological, immunological and genetic factors in the resistance and susceptibility to gastrointestinal nematodes of sheep in the peripartum period: A review. Helminthologia, 58(2):134–151. https://doi.org/10.2478/helm-2021-0020

10Guilloteau P., Martin L., Eeckhaut V., Ducatelle R., Zabielski R., Van Immerseel F. (2010). From the gut to the peripheral tissues: the multiple effects of butyrate. Nutrition Research Reviews, 23(2):366–384. https://doi.org/10.1017/S0954422410000247

11Wróblewska P., Hikawczuk T., Wiliczkiewicz A. (2021). Dried sugar beet pulp as a source of soluble dietary fibre in equine nutrition: A review. Animal Nutrition and Feed Technology, 21(2):405–420. https://doi.org/10.5958/0974-181X.2021.00034.2

12Grimm P., Laroche N., Julliand S., Sorci G. (2022). Inclusion of sainfoin in the diet might alter strongyle infection in naturally infected horses. Animals, 12(8):955. https://doi.org/10.3390/ani12080955

13Collas C., Sallé G., Dumont B., Cabaret J., Cortet J., Martin-Rosset W., Wimel L., Fleurance G., 2018. Are sainfoin or protein supplements alternatives to control small strongyle infection in horses? Animal, 12(2):359-365. https://doi.org/10.1017/S1751731117001124 

14Laroche N., Grimm P., Julliand S., Sorci G. (2025). Combining in vivo and in vitro approaches to investigate the effect of sainfoin on strongyle infection, immunity, and large intestine ecosystem of horses. Journal of Animal Science, 103:skaf100. https://doi.org/10.1093/jas/skaf100

15Paolini V., Fouraste I., Hoste H. (2004). In vitro effects of three woody plant and sainfoin extracts on third-stage larvae and adult worms of three gastrointestinal nematodes. Parasitology, 129(1):69–77. https://doi.org/10.1017/S0031182004005268

16Paolini V., De La Farge F., Prevot F., Dorchies P., Hoste H. (2005). Effects of the repeated distribution of sainfoin hay on the resistance and the resilience of goats naturally infected with gastrointestinal nematodes. Veterinary Parasitology, 127(3–4):277–283. https://doi.org/10.1016/j.vetpar.2004.10.015

17Coop R.L., Kyriazakis I. (2001). Influence of host nutrition on the development and consequences of nematode parasitism in ruminants. Trends in Parasitology, 17(7):325–330.

18NRC (National Research Council). (2007). Nutrient Requirements of Horses. 6th revised edition. Washington, DC: National Academies Press.

19Spears J.W., Weiss W.P. (2008). Role of antioxidants and trace elements in health and immunity of transition dairy cows. Veterinary Journal, 176(1):70–76. https://doi.org/10.1016/j.tvjl.2007.12.015

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A propos de Marylou Baraille

Chargée d'affaires en nutrition équine chez Mila Moka | Ingénieure agronome spécialisée en production animale (Institut Agro Dijon) & Docteure en nutrition équine (Université de Bourgogne)

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