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L’insulino-résistance chez le cheval : comprendre, anticiper et gérer

Les troubles métaboliques chez le cheval regroupent un ensemble de dysfonctionnements qui affectent principalement la gestion de l’énergie par l’organisme, en particulier le métabolisme des glucides et des lipides. Ils sont aujourd’hui au cœur des préoccupations en nutrition équine, car ils peuvent conduire à des pathologies graves comme la fourbure ou l’obésité. Ces troubles sont étroitement liés à des déséquilibres hormonaux. Ces déséquilibres sont le plus souvent chroniques et multifactoriels, et non liés à un événement isolé, mais il existe des facteurs déclencheurs ou aggravants, révélateurs d’une sensibilité déjà existante.

Dans cet article, vous comprendrez l’origine de l’insulino-résistance, essentielle pour l’anticiper, notamment lors de périodes sensibles comme la mise à l’herbe mais aussi pour la prendre en charge lorsqu’elle est avérée.

Comprendre le mécanisme de l’insulino-résistance et son implication dans la fourbure

Quelle que soit la cause de l’augmentation de la glycémie (alimentation riche en glucides solubles, stress, etc.), le pancréas sécrète de l’insuline pour la réguler et permettre l’utilisation du glucose par les cellules. Cependant, chez certains chevaux, cette régulation est altérée. On parle d’insulinorésistance lorsque les tissus, notamment musculaires et hépatiques, répondent moins efficacement à l’action de l’insuline. Ce dysfonctionnement ne résulte pas uniquement d’une altération du récepteur, mais également de perturbations des voies de signalisation intracellulaire qui assurent la transmission du message hormonal. En conséquence, l’entrée du glucose dans les cellules est réduite, ce qui conduit l’organisme à compenser par une augmentation de la sécrétion d’insuline, pouvant évoluer vers une hyperinsulinémie chronique1. Le tissu adipeux conserve généralement sa réponse à l’insuline. Il en résulte une orientation préférentielle vers le stockage lipidique et une accumulation progressive de dépôts graisseux caractéristiques, notamment au niveau de l’encolure, de l’abdomen et des fesses. En plus de favoriser le stockage des graisses, l’excès d’insuline bloque leur dégradation (lipolyse).

L’insulinorésistance peut être d’origine primaire, liée à des facteurs génétiques ou à l’âge, mais aussi secondaire. En effet, à l’état naturel, une activité physique beaucoup plus soutenue et une alimentation moins riche en glucides solubles limitaient les risques de déséquilibre insulinique et d’obésité, contrairement aux conditions de domestication actuelles.

Le syndrome métabolique équin (SME) est le trouble métabolique très largement répandu de nos jours. Sa prévalence est difficile à définir mais en 2015, la prévalence de ses composantes, à savoir l’obésité et l’hyperinsulinémie, était estimée entre 19 et 40 % et 22 et 29 %, respectivement, dans les populations équines domestiquées2. Le cheval SME peut rester cliniquement stable pendant de longues périodes si l’environnement alimentaire et le mode de vie sont adaptés, mais il conserve une forte sensibilité aux variations d’apport énergétique et aux excès de glucides. Une autre endocrinopathie fréquente chez le cheval âgé peut affecter la régulation de la glycémie et la sensibilité des cellules à l’insuline : la dysfonction de la pars intermedia de l’hypophyse (PPID)3.

L’hyperinsulinémie prolongée a aussi des conséquences directes sur la santé du pied. Elle perturbe la microcirculation et le fonctionnement des lamelles, ces structures essentielles reliant le sabot à l’os4. Cette altération favorise une inflammation locale et une dégradation des tissus, pouvant conduire à une fourbure d’origine endocrinienne. Par ailleurs, l’excès de tissu adipeux contribue à la production de molécules pro-inflammatoires5. Cette inflammation chronique de bas grade fragilise davantage les lamelles et augmente la susceptibilité à la fourbure. Ainsi, ce n’est pas uniquement l’accumulation de graisse et le surpoids qui est problématique, mais bien l’ensemble du déséquilibre hormonal et inflammatoire associé.

Il s’installe ainsi un cercle vicieux (Figure 1).

Diagnostiquer l’insulino-résistance

Le diagnostic de l’insulino-résistance et plus particulièrement du SME repose d’abord sur l’évaluation clinique. L’état corporel est généralement estimé à l’aide de la note d’état corporel, bien que cet outil présente des limites, notamment chez les chevaux les plus gras. Des mesures morphométriques complémentaires, comme le poids ou l’évaluation de dépôts de gras localisés (encolure et fesses), peuvent améliorer l’appréciation de l’adiposité2. La détection de signes de fourbure subclinique (modifications de la paroi du sabot, élargissement de la ligne blanche, sole aplatie) est également essentielle.

Sur le plan biologique, les paramètres sanguins classiques (hématologie et biochimie) sont souvent peu modifiés2. Le dosage de l’insuline basale constitue un outil clé, bien qu’il puisse manquer de sensibilité. Il est influencé par l’alimentation (donc aussi par l’heure et la saison à laquelle la prise de sang est effectuée) et le stress, d’où l’importance de standardiser les conditions de prélèvement6. En cas de suspicion persistante malgré des valeurs normales pour l’insuline, des tests dynamiques sont recommandés, car ils permettent une évaluation plus fine de la sensibilité à l’insuline. Parmi eux figurent des tests intraveineux comme le test de réponse à l’insuline ou le test combiné glucose-insuline (CGIT), considéré comme la référence en pratique clinique6.

Accompagner un cheval insulino-résistant

La prévention repose avant tout sur une gestion rigoureuse de l’alimentation et des transitions alimentaires si elles sont nécessaires (passage du foin à l’herbe notamment)7,8,9.

En règle générale, il faut s’assurer que la ration est la plus pauvre possible en amidon et sucres. Pour le foin, il faut idéalement qu’il contienne moins de 10% de sucres solubles. Lorsqu’il est trop riche en sucres, il est possible de le faire tremper 30 minutes avant la distribution pour solubiliser les sucres dans l’eau (il ne faut donc pas donner l’eau). S’il y a une période où le cheval passe sur une parcelle où l’herbe est susceptible d’être riche en sucres, il est primordial d’assurer une transition très progressive, pour permettre au métabolisme et au microbiote du gros intestin de s’adapter à l’augmentation des apports. Cela passe par le contrôle de l’accès au pâturage, soit en fractionnant les périodes et en privilégiant les moments où la teneur en sucres est plus faible, soit en fractionnant la surface disponible ou alors en mettant un panier adapté. Si un aliment est nécessaire, il est important de le choisir sans céréales (et peu énergétique pour les chevaux en surpoids).

La couverture des besoins en minéraux et vitamines est indispensable, comme chez tous les équidés, mais particulièrement chez les individus insulino-résistants10, pour améliorer le pouvoir antioxydant, soutenir le système immunitaire et réduire l’inflammation.

L’augmentation de l’activité physique, lorsque l’état locomoteur le permet, constitue un levier complémentaire essentiel pour améliorer la sensibilité à l’insuline11,12,13.

L’utilisation de compléments nutritionnels spécifiques peut également constituer un levier intéressant. Certains produits sont formulés pour soutenir le métabolisme du glucose et améliorer la régulation de l’insuline. Ils associent généralement des fibres fermentescibles14, des minéraux cofacteurs comme le magnésium10, ainsi que des extraits de plantes16, afin de favoriser une meilleure sensibilité à l’insuline et de limiter les variations glycémiques. Intégrés dans une stratégie globale (alimentation équilibrée et activité physique adaptée), ces compléments contribuent à stabiliser l’équilibre métabolique.

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La résistance à l’insuline et l’hyper-insulinémie augmentent le risque de fourbure chez le cheval. On rencontre la résistance à l’insuline chez des chevaux présentant un surpoids chronique, chez les chevaux souffrant du SME (syndrome métabolique équin) ou du syndrome de Cushing. La résistance à l'insuline est un désordre métabolique qui perturbe la régulation du glucose sanguin. Elle favorise également le stockage des graisses et rend la perte de poids plus difficile pour les chevaux. Le GLYC’AGRUM est un complément alimentaire en petits granulés contenant une sélection de plantes (pamplemousse, curcuma, romarin, boldo, chardon-marie, artichaut) et des extraits de levures ayant démontrés leur efficacité pour réguler le taux d’insuline sanguin (Fotouhi et al., 2025; Respondek et al., 2011) et accompagner la perte de poids.  

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Résumé : la gestion de l’insulino-résistance chez le cheval

La résistance à l’insuline constitue aujourd’hui un enjeu majeur en santé équine. Souvent silencieuse dans ses phases initiales, elle nécessite une détection précoce pour éviter l’apparition de problèmes de santé associés comme l’obésité ou la fourbure. La compréhension de ses mécanismes permet d’identifier les facteurs de risque et d’agir en amont. Une gestion adaptée, reposant sur une alimentation contrôlée, une activité physique régulière et un suivi attentif de l’état corporel et des pieds, permet dans la majorité des cas de limiter les complications et d’assurer une bonne qualité de vie aux chevaux concernés.

Références

1Kaczmarek, K., Janicki, B., & Głowska, M., 2016. Insulin resistance in the horse: a review. Journal of Applied Animal Research, 44(1), 424–430. https://doi.org/10.1080/09712119.2015.1091340
 

2Morgan R, Keen J, McGowan C, 2015. Equine metabolic syndrome. Vet Rec.;177(7):173-9. https://doi: 10.1136/vr.103226

3Kirkwood NC, Hughes KJ, Stewart AJ,2022. Pituitary Pars Intermedia Dysfunction (PPID) in Horses. Vet Sci.;9(10):556. https://doi: 10.3390/vetsci9100556.

4McGowan, 2008. The Role of Insulin in Endocrinopathic Laminitis. Journal of Equine Veterinary Science,Volume 28, Issue 10, Pages 603-607. https://doi.org/10.1016/j.jevs.2008.08.004.

5Vick MM, Adams AA, Murphy BA, Sessions DR, Horohov DW, Cook RF, Shelton BJ, Fitzgerald BP, 2007. Relationships among inflammatory cytokines, obesity, and insulin sensitivity in the horse. J Anim Sci.;85(5):1144-55. https://doi.org/10.2527/jas.2006-673

6Martins Ribeiro R, da Silva Freitas Ribeiro D, Augusto de Oliveira Gobesso and Rafael Resende Faleiros A, 2026. Diagnostic Techniques for Insulin Dysregulation in Equines. Integrated Approaches to Animal Health and Welfare Across Production and Care Systems. IntechOpen. https://doi.org/10.5772/intechopen.1014448

7Kronfeld DS , Treiber KH , Hess TM ,  Boston RC, 2005. Insulin resistance in the horse: Definition, detection, and dietetics,, Journal of Animal Science, Volume 83, Issue suppl_13, Pages E22–E31. https://doi.org/10.2527/2005.8313_supplE22x

8Geor RJ, Harris P, 2009. Dietary management of obesity and insulin resistance: countering risk for laminitis, 2009. Vet Clin North Am Equine Pract, 25(1):51-65, vi. https://doi.org/10.1016/j.cveq.2009.02.001

9Johnson PJ, Wiedmeyer CE, LaCarrubba A, Ganjam VK, Messer NT 4th, 2012. Diabetes, insulin resistance, and metabolic syndrome in horses. J Diabetes Sci Technol, 1;6(3):534-40. https://doi.org/10.1177/19322968120060030

10Dubey, P.; Thakur, V.; Chattopadhyay, M., 2020. Role of Minerals and Trace Elements in Diabetes and Insulin Resistance. Nutrients, 12, 1864. https://doi.org/10.3390/nu12061864 

11Menzies-Gow, N.J., Wray, H., Bailey, S.R., Harris, P.A. and Elliott, J., 2014. Effect of exercise on inflammatory marker concentrations. Equine Vet J, 46: 317-321. https://doi.org/10.1111/evj.12132

12Bonelli F, Sgorbini M, Meucci V, Sighieri C, Baragli P, 2017. How swimming affects plasma insulin and glucose concentration in Thoroughbreds: A pilot study. Vet J, 226:1-3. https://doi.org/10.1016/j.tvjl.2017.06.006

13Bamford NJ, Potter SJ, Baskerville CL, Harris PA, Bailey SR, 2019. Influence of dietary restriction and low-intensity exercise on weight loss and insulin sensitivity in obese equids. J Vet Intern Med.;33(1):280-286. https://doi.org/10.1111/jvim.15374

14Respondek F. , K. Myers, T. L. Smith, A. Wagner, R. J. Geor, 2011. Dietary supplementation with short-chain fructo-oligosaccharides improves insulin sensitivity in obese horses. Journal of Animal Science, Volume 89, Issue 1, Pages 77–83. https://doi.org/10.2527/jas.2010-3108

15Malakul, W., & Pengnet, S., 2018. Effect of Naringin on Insulin Resistance and Oxidative Stress in Fructose Fed Rats. 26(2), 10–18. https://www.thaiscience.info/Journals/Article/NUST/10989824.pdf

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A propos de Marylou Baraille

Chargée d'affaires en nutrition équine chez Mila Moka | Ingénieure agronome spécialisée en production animale (Institut Agro Dijon) & Docteure en nutrition équine (Université de Bourgogne)

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